Déroulé retranscrit du documentaire « Les voix croisées » de Raphaël Grisey et Bouba Touré

de Valérie Dubach

Bouba Touré (à droite)

Sommaire

 

 

Retour au pays

2-3:00 Arrivée des migrants de retour dans leur pays dans une pirogue des J.R.F. (la Jeunesse Rurale du Fleuve)

Le bonnet Amilcar Cabral, activiste indépendantiste sous le régime de Salazar au Portugal.

La terre ne ment pas

3:50 Les termites, dès le début du documentaire, apparaissent comme les amies de l’agriculteur, symbole fort africain, présent dans les légendes et dans la vie quotidienne africaine. Les termitières sont impressionnantes, sculpturales, inspirantes.

5:00 « La terre ne ment pas » proverbe du jour par l’algorithme polyradiophonique (Radio de Kayes).

« Le personnage que j’incarne »

« Ma vie a commencé il y a déjà depuis plusieurs siècles. Je ne peux pas parler de moi sans parler du personnage que j’incarne. Ils sont venus dans mon village et m’ont ramassé comme toutes les personnes valides, comme ils ont ramassé les récoltes… j’ai eu la chance de revenir (tous les autres sont morts) »

« Il y a peu de différence entre être soldat et être ouvrier »

7:30 Images des tranchées, de l’époque des Poilus à laquelle ont participé les Africains, images d’aujourd’hui.

9:00 Bouba Touré : 58 rue Trousseau Paris 11ème, une chambre occupée pendant cinquante ans.

Des montres et des horloges partout. « Le temps compte beaucoup, je marche avec le temps. ». « Il faut faire des choses qui restent, pour les autres ».

11:00 Image de clandestinité « Je suis celui dont le père…, dont l’arrière-grand-père… »

Manifestations et grèves

11:30 Manifestation filmée par Bouba devant la Bourse du Travail.

« Personne ne prend le métro à République, tout le monde le prend à Oberkampf… »

13:10 « Vous créez le racisme… Vous reproduisez la même chose dans les journaux. C’est tout un enseignement, tout un système d’éducation que vous mettez en place pour diviser les travailleurs français et immigrés… ».

13:40 « Mais pourquoi vient-on en France ? » « Nous vivons comme des rats dans les chambres… 90% des Français sont ingrats… Les Africains ont souffert pour la libération de la France, mais ça n’a pas été reconnu ».

Images du foyer Riquet, ouvert par un marchand de sommeil : 300 personnes pour 2 robinets et 2 WC seulement, aucune chambre n’a de fenêtre, ni d’interrupteurs, mais aussi les rats, la vermine et les maladies. En France, 90% des tuberculeux sont des immigrés et 90% des immigrés habitent dans des taudis (les poêles à charbon allumés directement dans les dortoirs).

16:30 Les Français qui nous donnaient les cours de français voulaient savoir comment on était logé. C’est là que j’ai eu l’idée de faire des photos. J’en ai envoyé partout, j’en ai pris tous les jours depuis, en noir et blanc, en couleur, sans m’arrêter, j’ai diffusé ces images, de mains en mains, d’un continent à l’autre…

Films, pièces de théâtre, réflexion, instruction, politisation

19:05 Pièce de théâtre de Bouba Touré

19:55 Cercueils de 5 immigrés décédés pendant la nuit de la St Sylvestre dans un taudis d’Aubervilliers, à cause de la négligence du gérant.

21:00 Occupation symbolique du centre du patronat français par des gens dits gauchistes : « À bas les foyers prisons ! ».

Le même jour un foyer à Ivry est occupé aussi, prévu pour 150 immigrés mais dans lequel 600 s’entassent. Deux nord-africains sont trouvés dans le canal de l’Ourcq les têtes fendues. Dès la fin de 1970, début 1971, une lutte s’organise, par des grèves de loyer, qui se répandent dans les bidonvilles comme une trainée de poudre.

Bouba Touré : « Je passe beaucoup de temps à l’université libre de Vincennes. C’est là que j’ai appris le métier de projectionniste ».

Films « Bicots nègres vos voisins  » et « La grève des sans-foyer à Riquet » (Sydney Sokhona).

23:40 « À bas l’État policier ! »

24:00 Théâtre : Agitation Propagande (Agit Prop)

Des vies d’esclaves

25:00 Grève du foyer contre le gérant l’Archer immobilier (les loyers grimpent en flèche à Paris dès le début des années 70).

25:30 « Il s’agit pour nous de faire cesser les vies d’esclaves que nous subissons depuis des années »

26:00 « Le ratissage n’est pas un forfait, c’est le gouvernement français, la bourgeoisie française qui ratissent. »

ACTAF Association Culturelle des Travailleurs Africains Français « On a appris à réfléchir »

« On défend la lutte pour l’indépendance des pays lusophones ». Bouba : « On projette des films à ce sujet dans les foyers. »

Amilcar Cabral du Cap Vert à côté du Che.

Images des combats de Guinée Bissau et Cap Vert.

31:15 « (…) Faire des heures par-ci par-là, misérablement avec nos familles, au lieu de travailler dans nos pays… Nous avons même perdu notre dignité ».

32:30 L’usine Chausson (sous-traitante de métallurgies Renaud, Peugeot, Simca) fait des différences de salaires de 1500 à 400 francs entre blanc et immigrés (en liquide).

33:30 Les vieux dans les foyers ne voulaient pas entendre parler de grève, la grève c’était politique.

Grève sous la neige devant le Musée des Colonies

34:15 Grève sous la neige avec les sans-papiers depuis le 12 octobre (6804 personnes avec une majorité d’Africains noirs du Mali).

Images filmées d’un village africain colonisé sous la neige (Pathé Revue diffuse un commentaire!).

36:15 Un sans-papiers qui vend des beignets vit sans papiers depuis plus de dix ans.

37:35 Le Musée des Colonies hier et aujourd’hui en regard de la réalité des sans-papiers.

Sécheresse et famine au Sahel

39:15 Drame de la sécheresse et de la famine au Sahel.

40:30 « L’aide humanitaire n’est autre que le colonialisme sous une autre forme ».

« Si nous ne réagissons pas les gens vont continuer à être entassés dans des taudis pour migrants ».

Paysans de France et affamés au Sahel, même combat (Le Larzac)

41:50 Larzac : la jonction est faite entre les paysans du Larzac et les immigrés. C’est le lien entre les ventes d’armes et de la famine dans le tiers monde. « La prise de conscience est le principal, car les paysans de France sont victimes de l’exploitation des peuples du tiers monde et ont une dette en même temps envers eux ».

Fête des Moissons au Larzac où se rendent les membres de l’ACTAF (Association Culturelle des Travailleurs Africains en France) avec les féministes.

« Paysans, immigrés, tous exploités de la même manière ».

« Nous, travailleurs immigrés nous sommes ce qu’était le tiers-état en France… ».

La honte d’être paysan ?

45:00  » L’agriculture n’est ni développée ni encouragée par nos pays d’origine ».

« Depuis le début de l’immigration, on nous a appris à avoir honte d’être paysans ».

45:30 Masques très beaux, déguisements, danses dans les rues.

Prise de conscience africaine concernant l’agriculture.

46:30 « – Je quitte pour aller faire un stage pratique d’agriculture – Écoutez Monsieur Coulibaly, le progrès c’est les paysans qui quittent la terre pour devenir ouvriers. Ça toujours été comme ça et ce sera toujours comme ça ».

47:10 Les femmes agricultrices françaises pluridisciplinaires et qui travaillent sans limite d’heures (les grandes journées) tout cela pour le smic.

47:55 « Vous faite partie de la race des patrons dynamiques non de Dieu, tentez votre chance ! »

Le stage agricole en France

48:10 « Beaucoup ne comprennent pas à l’ACTAF, selon eux, seule une lutte armée peut combattre les problèmes de l’Afrique, celui des régimes dictatoriaux. »

« Mais pour nous, pour combattre le soleil et la famine, notre arme, c’est la Daba (ou l’herminette)

49:30 Courcelles-sur-Aujon en Côte d’Or, pour Bouba avec ses amis africains (1976).

50:50 Comment irriguer, faire remonter l’eau en cas de sécheresse ?

La nourriture est cause première des migrations et de l’esclavage total.

51:50 Village de Somankidi-Coura Mali 8 août 2002 « Nous sommes là depuis 25 ans. Notre atout est le fleuve Sénégal. Nous avons un programme qui nous permet d’assurer la nourriture ».

Hommage aux termites

53:15 Les sons de l’Algorithme polyradiophonique (par des femmes) avec voix/textes et image, rendent hommage aux termites.

Images d’archives de la création du champ vivrier : les villageois nous prenaient pour des fous

55:00 Bouba : « La famille Janson (Monique) qui m’a hébergé en 1976, m’envoie des images filmées en 8mm par elle lors de la fondation de la coopérative au Sénégal « .

« Les villageois nous voyaient dans nos shorts et nos sandales Ho Chi Minh, cultiver des tomates, un fruit qu’ils n’avaient jamais vu » (1978-79) ».

57:15 Algorithme polyradiophonique sonorise des images de villages, d’une chorégraphie avec coiffe végétale.

Politiques discriminatoires

59:00 : 11 mai 1996 : « Dehors Debré. Chirac donne-moi des papiers. Vive les Immigrés. Non aux lois racistes. On bouge pas sans papiers ».

« Avant de partir, on a tous refusé l’argent des aides aux retour des immigrés, malgré notre projet. Il était hors de question de valider ces politiques discriminatoires contre l’immigration. Elles commencèrent avec les circulaires Marcellin-Fontanet en 1972, qui imposèrent la carte de travail, puis la suspension de l’entrée des travailleurs immigrés en 1974 et les lois Pasqua-Debré à partir des années 80, etc. »

En fait avec ces lois, on fixe les immigrés en France

1:00:28 Bouba Touré « On fixe les immigrés en France, en fait, en fermant les frontières ».

Occupation des églises St Bernard et st Ambroise.

La question du logement des immigrés

1:02:00 : « On se bat aussi pour un nouvel ordre économique mondial, pour que les rapports Nord-Sud prennent une autre direction ».

Bouba filme les manifs et l’activisme contre la France Afrique, pour la régularisation, contre les expulsions, contre les centres de rétentions, pour la solidarité, de 1970 à 2022. Images des chambres des migrants et immigrés.

1:04:20 Théâtre de Bouba : « Autrefois nos greniers étaient pleins de mil. J’ai vendu mes deux dernières vaches et je ne sais plus quoi faire ».

1:05:00

Témoignage sur « les travaux forcés, pour cultiver l’arachide pendant quatre mois gratuitement pour les colons ».

Pour ces populations il ne sera jamais possible d’accéder à des sociétés de gaspillage comme les nôtres.

1:06:25 René Dumont Au Togo « 60% des recettes servent aux élites urbaines… ». Il raconte à quel point l’intervention française, colonisatrice, a détérioré l’agriculture et les sols africains.

1:07:00 Images d’archives de l’exploitation des colonies et des sols au profit des pays colonisateurs.

1:08:50 « Les ONG ont refusé de nous procurer un tracteur. »

1:10:00 Mise aux normes du delta du Niger par les Français aidés par les USA en 1950 en vue d’installer un barrage. Pour un résultat d’autosuffisance pour la Grande Union Française.

1:11:00 Études scientifiques, créations, modifications et mises en œuvre des espèces végétales.

Les colons en chapeaux, chemises blanches et costumes (boutons de manchettes !). Pas trop d’images de visages d’individus autochtones sinon au bord de l’image, dans le fond, dans l’ombre, de dos, seulement les mains, etc.

Propagande sur le territoire français dans les cinémas

1:13:00 Pathé Revue (diffusé avant et après les films dans les salles de cinéma) : « Les semences d’élite pour des légumes de choix et fleurs de luxe ».

Images d’archives homme blanc avec tablier du scientifique

1:13:30 Quid des coopératives ? Les paysans ne peuvent plus rembourser sans accepter n’importe quelles conditions de travail, ni éviter tous les types d’abus. On souhaite que la terre ne devienne au moins au minimum qu’un outil de travail.

Courbes et histogrammes.

Travail fructueux des associations coopératives

1:15:00 26 mars 2015 : Association Multifonctionnelle Somankidi Coura qui cultive dans la diversité et sans engrais. Évocation d’une variété de semence de coton violet de Gambie, cultivée en Afrique spécialement au Niger. Au Sénégal, dans la région de Kaim et en général au Mali (et en Baraneré).

1:17:00 Bouba Touré : « un sorgho très très nourrissant »

Récolte, cueillette à la main des cosses. Chenilles, irrigation. 1er avril 2015 : les coopératives se rassemblent avec leurs produits.

Marché des récoltes où on trouve du sirop de baobab, des bananes… Tous les quinze jours et en hivernage tous les dix jours, pendant la saison des pluies.

Battre les épis de mil en groupe pour en extraire les graines. « Tout le monde est Diallo ici ! »

Les femmes toujours

1:21:00 Les femmes agricultrices : « Tu te souviens de notre révolte ? Nous n’étions pas d’accord avec les hommes pour récolter les piments. Ha ha ha. On préfère être bénévoles que gagner 50 fr/heure. L’esclavage c’est fini. Même pied d’égalité, les hommes et les femmes. Ils n’ont qu’à nous donner une partie de la terre ».

« Je suis venue en face : Siré, on en a assez fait pour vous on veut notre part. Après ça on nous a donné les trois hectares derrière le canal »

1:25:00 « On préfère rester une association de femmes, on s’entend très bien. On s’écoute et on se comprend. On ne veut pas travailler avec les hommes… eux c’est la dictature. Ce sont nos maris, on peut les aider, oui, mais pas être dans le même coopérative, non. À l’union des coopératives, la force c’est les femmes. On y est vingt fois plus nombreuses que les hommes. 6819 femmes ».

1:26:00 Bouba Touré : « Je suis revenu en France au début des années 80 après avoir lancé le projet de la coopérative puis j’ai donné mes passerelles à mon petit frère et je reviens trois mois chaque année ».

« Départ et au revoir au fleuve Sénégal en attendant mon prochain retour ».

1:27:30 Chanson itinéraire d’une migration de villageois qui finit mal, illustrée par des images d’archives.

La France, assez !

1:29:15 « L’Afrique se réveillera un jour et dira : Assez ! La France devra rester là sans dominer. Les français ont mis la dictature en place » (Amilcar Cabral)

« Il faut que le réveil sonne. Car les Africains souffrent trop, c’est pas possible ça ».

1:30:00 Réunion au sommet des états. Projets : Pompidou s’exprime en public à Paris, recevant le président Traoré et les personnalités qui l’accompagnent.

Un avion balance des sacs dans le désert, des 4/4 en mission dans le Sahel. Ensemencement au chlorure de sodium pour inciter l’irrigation naturelle.

1:32:00 La guerre fait flamber le blé. La charrue a brisé les plaines (1961).

Grain en hausse de 13 points.

1:34:15 Des défilés en uniformes et en masque caricaturaux de responsables politiques. La population a l’air d’être prise en otage.

1:34:45 Cérémonies d’investiture 2021

Radio algorithmes polyradiophonique : Hommage à Goundo Kamissokho Niakhaté et aux femmes paysannes.

La radio raconte la grève des femmes, la grève du piment de 1982. Les femmes de l’association ont pu créer des champs solidaires.

La radio rurale de Kayes veut aligner la vie de la radio à la vie du village

« La radio rurale de Kayes est une radio par et pour les paysans et les paysannes, pour les bergers et les bergères, et pour tous ceux qui travaillent. Elle répond à un problème de communication qui se posait avec beaucoup de complexité. »

1:36:00 Radio rurale Kayes, première radio libre du Mali.

Usage des plantes parce qu’il n’y a pas de centre de santé.

« Ce n’est pas un mal de partir mais il faut revenir ».

Bon courage : Dans notre adage, si tu vas dans un endroit isolé, ce sont les oiseaux et les fourmis qui te diront « sois le bienvenu » et tu leur dois tout ce que tu es fait durant ton existence dans ce lieu-là

1:38:00 Tout le monde participe à la coopérative et à la vie.

Siré Soumaré : « Dans notre adage, si tu vas dans un endroit isolé, ce sont les oiseaux et les fourmis qui te diront « sois le bienvenu » et tu leur dois tout ce que tu es fait durant ton existence dans ce lieu-là »

Rester solidaire : C’est l’intelligence collective qui va nous apporter des solutions. Ceux qui s’assemblent vont bien, ceux qui ne le font pas échouent.

Les causes du changement climatique sont notre sujet prochain pour définir les champs prospectifs.

Impliquer le maximum de personnes et d’associations.

La société est basée là-dessus, les gens doivent pouvoir s’auto-suffire tous ensemble.

La radio peut atteindre le village le plus reculé, le plus enclavé.

1:41:50 Associations Associées Permaculture Sahel. C’est l’intelligence collective qui va nous apporter des solutions. Ceux qui s’assemblent vont bien, ceux qui ne le font pas échouent.

Les causes du changement climatique sont notre sujet prochain pour définir les champs prospectifs.

Enfance de Bouba

1:41:50 Bouba raconte son enfance. Ses prénoms sont Samba Banta et Bouba.

1:45:00 (images d’archive Poilus)

« La femme qui m’a repêché m’a donné le nom de la rivière : Khasonkole »

Moussa Coulibaly et Bouba Touré.

Le foyer Sonacotra a maintenu une grève pendant cinq ans ce qui est un record dans la lutte : de 1975 à 1980.