Sommaire

Introduction

Rencontre de l’ANVITA

Du 14 au 16 juin se sont déroulées à Strasbourg les Rencontres de l’ANVITA1 (Association Nationale de Villes et des Territoires Accueillants), pour débattre de la politique de l’accueil telle qu’elle est et telle qu’elle devrait être dans les villes européennes. Ces rencontres s’insèrent dans le programme de la Semaine des Réfugiés – Strasbourg2.
De nombreuses associations ont pu faire remonter leurs observations, leurs expériences, leurs requêtes, leurs difficultés et leurs joies. Les grands thèmes ont été abordés : dérive sécuritaire, discours de haine, entorses aux droits, instrumentalisation du thème de la migration, intégration, hébergement, travail, participation politique, inertie, reconstruction de la société civile autour de la solidarité…

Les mots qui en disent long

De ces échanges émergent des formules, qui peuvent être des clichés. Nous les avons relevées pour leur caractère inaltérable, qu’elles soient symptomatiques d’une obsession fossilisée ou récurrentes dans le paysage médiatique ou qu’elles témoignent de la pure réalité vue sous l’angle du premier quart de siècle, c’est-à-dire 2023. Le panachage des deux n’est pas rare, tant il est vrai que les antiennes finissent toujours par être barbouillées par le présent.

Leur saupoudrage tout au long de l’article relancera l’imaginaire par trop échauffé par ces sujets épineux et difficiles, comme autant de ponts qui relient les thématiques vastes et interpénétrées. Façon d’exprimer aussi que ces rencontres se sont faites sur divers thèmes et lieux dans la ville.

Des acteurs inspirants

Le résultat en est un bruit de vagues, celles des volontés de réparation et de soin d’acteur.trices de la société civile ou de la vie associative, mais aussi des élu.es, adoucissant les lésions du ressac brutal de l’indifférence. Une belle musique, vraiment.
La Maire Jeanne Barseghian et Damien Carême, aux côtés d’autres maires de villes françaises, reviennent sur le devant de la scène en interpellant Emmanuel Macron sur BFMTV.

Nouvelle interpellation du Président Emmanuel Macron, par la Maire de Strasbourg, cette fois-ci pour une Conventions citoyenne

Madame La Maire Jeanne Barseghian

Dans son allocution d’ouverture des Rencontres, Madame La Maire Jeanne Barseghian décrit le paysage préoccupant qui lui est dessiné par son expérience d’accueil depuis 2020 dans le cadre de l’ANVITA. La future loi immigration se présente comme particulièrement problématique à ses yeux. La Maire dit encore sa conviction que Strasbourg « a toujours été un lieu de brassage de populations, comme l’indiquent son nom (Strasse = rue) en allemand ». Suite au Congrès mondial du développement urbain à Bruxelles4, auquel elle vient de participer, elle fait le bilan d’un système à bout de souffle, car elle observe un retour des campements.

Avec Damien Carême6,  La Maire invite à signer et souscrire à l’ICE et à ne pas désespérer, car les valeurs d’accueil sont partagées par la société civile dans une très large proportion. Si les États européens ont pu prouver qu’ils savaient accueillir dans la crise ukrainienne, Jeanne Barseghian voudrait que la directive d’accueil temporaire soit maintenue hors temps de crise.

Nathalie Péré-Marzanoe

La présidente de l’OCU6, Nathalie Péré-Marzanoe, exprime son espoir, évoquant l’alliance migration entre la société civile et les collectivités locales. L’organisation OCU, qui comprend les organisations comme Emmaüs International, CCFD-Terre Solidaire, Mouvement UTOPIA, Espacio Sin Fronteras, Fondation France Libertés, Alternative Espaces Citoyens, milite pour la liberté de circulation et d’installation, le passeport de citoyenneté universelle, et pour une constitution rapide d’un groupe international d’experts sur les questions migratoires comme le GIEC pour le réchauffement climatique.

Damien Carême7

Les profits privés des règles migratoires

Le député du Groupe de Verts Damien Carême8 pointe cinq textes problématiques dans le projet de loi, mais avant tout la dimension disproportionnée de la grosse machine en place aux frontières sous prétexte de risque terroriste5. ses dérives sécuritaires digitalisées qui durcissent la pratique de contrôle, qui en fait cachent un business coupable, celui qui celui qui vent ces équipements de plus en plus sophistiqués faisant la fierté des gouvernements occidentaux et assurent au passage des milliards aux multinationales privées.

Les droits monnayés

Les textes commerciaux avec les pays en développement peuvent exempter ces derniers de droits de douane sous condition d’expulsions de leurs ressortissants dans la jalouse enceinte européenne, ce qui est en principe une pratique condamnable. Des droits tout aussi monnayés par une rétribution du pays de première entrée qui va s’occuper du demandeur d’asile, à hauteur de 10 000 €, sont actuellement la solution que les gouvernements européens ont trouvée pour leur problème migratoire. La conséquence grave est que les droits des demandeurs deviennent de plus en plus soumis à l’arbitraire en Europe puisque chaque pays décidera si un pays d’origine est un pays sûr ou pas. Les droits sont encore monnayés quand l’externalisation de sa politique migratoire menée par

Des valeurs bafouées

L’Europe conditionne les aides au développement à la collaboration des gouvernements des pays sources, sans que ces derniers soient soumis aux droits de l’homme que l’Europe – normalement – devrait respecter. Et là aussi, la monnaie d’échange, ce sont à nouveau les déplacés eux-mêmes.

Le scandale de l’enfermement des enfants

Mais si l’on doit pointer des entorses aux Droits de l’Homme, dans le projet de loi du gouvernement français, elles résident dans les capacités encore accentuées de détention des enfants, le screening (filtrage grossier et numérisé) des demandeurs ou des arrivants, ainsi que le rajout de procédures entre l’arrivée des personnes et leur possibilité de demande d’asile. Damien Carême demande de cesser ces privations de liberté, de cesser ces accords avec les pays tiers pour qu’ils gardent les migrants chez eux. Tout le monde sait que c’est cela qui enrichit les passeurs, les multinationales d’équipement de contrôle et de sécurité, la criminalité, les tortures et les tortures contre rançon9

Migrants : des réfugiées racontent l’enfer vécu dans des camps de détention en Libye • FRANCE 24

Thomas Lacroix

Un mouvement social qui reconstruit

Thomas Lacroix10, dans sa synthèse des tours de table du 16 juin, observe qu’il n’y a pas UNE réforme des accueils, mais un mouvement social qui reconstruit de la gouvernance politique de l’accueil des migrants. Il dit que l’on peut compter sur une grande diversification et une augmentation des acteurs comme les villes, les associations, les nouvelles formes spontanées, les réseaux informels d’habitants et de citoyens. Encore faut-il rechercher comment créer un système où tous les intervenants peuvent être liés et intégrés dans un cadre plus global.

Coordination

Cela peut être par la création de plateformes de coordination au niveau local ou européen (puisqu’au niveau national, c’est plus compliqué), ou élargir le type de celle à laquelle les Ukrainiens ont eu accès (Sas d’entrée p.1711) à d’autres nationalités

Quel pivot ?

Il faut une bonne fois pour toutes que le pivot de cette gouvernance soit défini pour éviter que les municipalités, les préfectures et l’État se renvoient la balle12. Le guichet aussi doit être unique et modernisé, avec de la présence physique (éviter le tout numérique). Et pour cela, il faut une continuité dans le temps, que les plans d’ampleur ne soient pas compromis aux changements de maires et d’équipes. Et pourquoi pas y intégrer les étrangers sur le territoire avec un droit de vote local ?

Andréas Wissner

Andreas Wissner13, rapporteur de l’agence des réfugiés à Strasbourg rappelle que les chiffres des réfugiés et des déplacés augmentent. Il faut une mise en oeuvre monitorée des alternatives décentes à la détention. Il n’exclue pas qu’il faille du retour aussi. Mais surtout prévoir une meilleure intégration pour ceux qui ont des droits serait primordial. Les différences d’échelle au niveau national et local imposent qu’il y ait des mécanismes de coordination entre tous les échelons.

La ville modèle qui inspire le monde

Fundao au Portugal

L’exemple du Portugal, rapporté par Sonia Pereira, ambassadrice de la ville de Fundao14 ville d’accueil (notamment les 19 rescapés de l’Aquarius), montre qu’un pays peut passer de très peu d’étrangers à 750 000 en un quart de siècle, en embrassant une politique cohérente et ambitieuse. Quatre institutions furent engagées à leurs échelons respectifs pour aider les migrants dans leur intégration. Il y eut des bureaux spécialisés dans différents domaines comme les langues, le support jufidique, la reconnaissance des qualifications et des diplômes étrangers…

Des services gratuits

Quant à l’accès aux services, il sera y sera toujours gratuit avec pas moins de 150 associations actives pour suppléer aux besoins. Un réseau si bien construit qu’il commence à être promu comme modèle suprême pour aider les migrants. Il a d’ailleurs servi de référence pour accueillir les Ukrainiens. L’anticipation était tellement au point qu’avec un email dédié en provenance d’Ukraine, plus de 20 000 rendez-vous ont été établis

Une large implication dans la ville

Dans cette ville de Fundao, où l’on semble avoir pensé à tout, des systèmes de formations en ligne ont été créés pour conseiller les associations, mais leur permettant toutefois de produire leurs propres modèles. Une approche transversale qui implique la société civile, mais dialogue aussi avec les politiques tout en ayant un contact direct avec les populations, tout cela permet d’avoir une image le plus large possible pour construire la bonne communauté que nos villes européennes appellent de leurs vœux. C’est aussi l’ambition de l’ANVITA qui, toujours soucieuse de la protection des droits humains, s’attache à transmettre les leçons du terrain aux différents échelons.

Signez l’ICE

1) instaurer un nouveau mécanisme de répartition des demandeurs d’asile dans l’UE, fondé sur leur libre arbitre et sur une solidarité effective entre les États membres (révision du règlement de Dublin);

2) rendre contraignantes pour les États membres des normes d’accueil en matière d’alimentation, de santé, de logement, d’éducation et de travail qui garantissent aux demandeurs d’asile des conditions de vie dignes, comparables dans toute l’Union.

Logo de l’initiative Citoyenne Européenne, née à Rennes et portée par l’Anvita

Le Conseil de l’Europe

Les trois missions exprimées par Leyla Kayacik

Leyla Kayacik15 évoque les réfugiés syriens de 2016, pour lesquels des structures ont été mises en place, et établit trois missions qui incombent à la Représentante spéciale sur les migrations et les réfugiés qu’elle est : l’établissement des faits, la coordination des choses avec toutes les organisations actives (UNHCR, Union européenne et ses agences, ainsi que celles des Nations Unies), enfin travailler avec les États membres et la société civile. Elle dit baser son travail sur la Convention des Droits Humains et la jurisprudence, qui sont ses deux boussoles. Son expérience lors des ses visites nombreuses sur les frontières de l’Ukraine lui a montré un travail très bien organisé, qui en soi bâtit un véritable système de droit d’asile. Un effort doit être fait dit-elle au niveau des soins, et particulièrement des soins psychologiques, pour lesquels les services sociaux ne sont pas formés, et même sont débordés.

Un rôle de rappel des règles et des valeurs

Si le Conseil de l’Europe n’a de pouvoir que de proposer un, des modèles, comme celui de l’Espagne, du Portugal, et d’autres pays comme la République Tchèque par exemple, où les migrants ont un endroit près de la gare où ils peuvent aller, les différents organes de son fonctionnement se battent sans relâche pour que la Convention européenne des Droits de l’Homme s’applique à tous et toutes, irréguliers ou non.

Si 46 leaders ont adopté une déclaration à Reikjavic, c’est encore une déclaration de plus, mais c’est un rappel aux pays européens de leur engagement à toutes les valeurs. C’est ce qui sera débattu au second forum mondial sur les Réfugiés16 qui se tiendra en décembre prochain à Genève, l’occasion de montrer les bénéfices de la collaboration et de travailler tous ensemble en ce qui concerne la protection et la meilleure inclusion des migrants.

Au moyen de documents, de livrets et de formations

Les organes du Conseil de l’Europe tâchent d’atteindre les États membres pour qu’ils puissent appliquer les bonnes pratiques. Un petit livre des bonnes pratiques a d’ailleurs été mis en avant. Comprendre les processus, voir plus large, travailler sur la contextualisation est leur feuille de route. Car c’est dans la vie de tous les jours que l’expérience doit être positive. Il incombe à présent à la Représentante spéciale sur les Migrations et les Réfugiés d’inscrire les recommandations du Conseil de l’Europe dans le calendrier politique.

Les Rencontres de l’Anvita au Pavillon Joséphine Strasbourg le 16 juin 2023

L’accueil, cet impensé national

Réparer plutôt que détruire des vies

L’échéance prochaine des élections européennes commandent de faire sortir les politiques migratoires de l’angle uniquement sécuritaire. Car au niveau des associations et des villes, une prise en charge et, de surcroit, le travail qui consiste à réparer les dommages causés par des politiques à minimas désinvoltes. Car l’accueil reste un impensé au niveau national et européen.

Arrêter les externalisations

Outre les remises en cause de la Convention de Genève que constituent les externalisations de la politique migratoire européenne, les refoulements, tris, refus de prendre des demandes, enfermements aux frontières, le budget exorbitant de Frontex semple être de l’argent jeté à la mer (550 millions d’euros en 2022). Au lieu d’accueillir des gens (et pour un budget bien inférieur à son budget) qui pourraient contribuer à la prospérité européenne (et qui y contribuent déjà dans des conditions souvent indignes), le système d’accueil actuel les abime tellement que leurs traumas et blessures doivent d’abord être soignés.

Faire comme avec les Ukrainiens pour tous les autres

Il a été demandé que les arrivants puissent choisir leur pays de contact. Cette proposition a été rejetée, alors que c’est ce dont les Ukrainiens ont pu bénéficier.

Fontenay-sous-bois, la ville de l’OFPRA

Une élue de la mairie de Fontenay-sous-bois17 évoque la tradition de longue date de sa ville qui accueille l’Ofpra. Elle redit son respect des droits pour tous et toutes, pour que tout un chacun soit frère et soeur d’humanité. L’inconditionnalité de l’accueil est un motif permanent de la vocation de la ville de Fontenay-sous-bois. L’élue parle d’ouvrir massivement les services publics locaux, les centres municipaux de santé, la médiathèque, les écrivains publics, à tous et toutes. Pour cela la ville peut s’appuyer sur le Secours catholique et l’association Welcome.

L’une des chansons du film « Le chant des vivants ». de Cécile Allegra – Texte F – Musique Mathias Duplessy

L’union des Étudiants exilés

L’Union des Etudiant Exilés18 se disent pourtant partie prenante, et « ouverts aux opportunités de partage, d’expérience et de co-construcion. Ils savent de première main les obstacles et avanies qui peuvent frapper les arrivants. C’est pourquoi ils ne veulent  pas être exclus des décisions pour notre avenir. Les étudiants exilés de l’association appelent les villes à adopter des approches inclusives et participatives. C’est en tant que vrais experts, par le vécu ou par notre situation en première ligne de l’accueil, qu’il peuvent contribuer. Aujourd’hui ce dont ils ont besoin avant tout, c’est de partenaires solides avec une véritable place dans la société.

La « Loi séparatisme »

Une table ronde traitait de la « Loi séparatisme »19 d’août 2021, qui met un coin dans l’autonomie et la liberté d’expression des associations dans leur ensemble. Lorsque la « Loi séparatisme » est votée, d’aucuns et d’aucunes se sont inquiété.es de ce que cette entorse à la loi visant uniquement les associations réputées islamistes ne soit légalisée pour les autres associations. En effet, de nombreuses associations n’ayant rien à voir avec ni le religieux, ni l’extrémisme, se sont vues porter des actes arbitraires par l’État français : refus d’accès à des salles publiques, refus de réunion, de manifestation, coupures-sanction de subventions.

La signature du contrat d’engagement républicain qui comporte dix points, ce sont dix raisons pour une association d’être en demeure de rembourser, car la loi est rétroactive. La laïcité ou la hantise de la désobéissance civile sont objets d’instrumentalisation politique et susceptibles aujourd’hui de brimer les associations. Et pour les associations mises en cause, s’il est possible d’obtenir un recours devant le tribunal administratif, il ne sera pas suspensif.

La réaction des associations

L.A. Coalition de Libertés Associatives20 demande un retour à la Charte d’engagement réciproque21 qui définissait les rapports entre l’État, le mouvement associatif et les collectivités territoriales. Car enfin, quel est le rôle des associations vis-à-vis des collectivités territoriales et de la société, si ce n’est de partager un contre-pouvoir avec d’autres groupes, tout en étant d’utilité publique ? Mais, aujourd’hui, les avocats commencent à parler d’une tendance actuelle qui serait la prééminence de l’intérêt général par la justice française par rapport aux associations.

Toutes les associations ne doivent pas être partenaires de l’État, mandatées par l’État comme par exemple France Terre d’Asile, car pour les citoyens la marge de manoeuvre se réduirait à peau de chagrin. France Terre d’Asile est interdite par exemple de médiatiser ses plaidoyers. L.A. Coalition a fait douze propositions, la première étant que les subventions soient pluri-annuelles ou sur trois ans. Elle appelle également à moins de reportings, qui sont une charge constante et difficile. Elle demande, pour qu’il y ait moins de clientélisme, que les élections se fassent dans les comités et soient tirés au sort.

Réaction des élu.e.s

L’élue de Fontenay-aux-Roses lutte contre les atteintes, et dit veiller à la parité chez les élus comme dans le secteur associatif. Mais actuellement, les élus commencent aussi à être limités dans leur expression, comme l’atteste le vice-Maire de Grenoble qui dit dormir devant la préfecture de la ville avec ses homologues, écharpes tricolores à l’épaule, pour protester.

Ce qui fonctionne

Les SIAO et les CIAO

Les forces de frappe que sont les antennes SIAO22 (Services intégrés de l’accueil et de l’orientation) sur le territoire, doivent être développées. Les CAO (Centres d’Accueil et d’Orientation) n’ont, même chez les maires de droite, que des bilans positifs. Ils ont la faculté de générer autour d’eux une participation territoriale importante. Comment faire passer ces modèles à une plus grande échelle ? Le maillage administratif et associatif, ainsi qu’une cartographie des lieux sous tension pourrait répondre à la difficulté qu’ont les collectivités locales et la vie associative à réagir ensemble. Un soutien des élu.es semble la priorité, mais encore faut-il que ces dernier.es soutiennent.

S’occuper des peurs, modifier ses réflexes, diffuser les règles

Le livret « Au nom de la loi »

Comment faire face aux discours qui mettent les extrêmes sur le même plan ? À Briançon, pour contrer les violences policières aux frontières perpétrées par la PAF (police aux frontières), l’association « Tous migrants » édite le livret « Au nom de la loi »23 à son intention.

Trois peurs

L’association Terre Solidaire de Charente Maritime a défini trois peurs qui animeraient les communes : les réactions de leurs préfectures, les réélections des élus, qui peuvent installer des candidats d’extrême droite et les attaques des maires.

Sanctionner systématiquement

Pour ces problèmes comme pour les autres, s’attacher à les résoudre signifie ne rien laisser passer, c’est-à-dire sanctionner par les moyens légaux systématiquement.

Inverser les croyances

Car les croyances ne doivent pas faire oublier que, très souvent, une famille migrante peut très rapidement être acceptée et même appréciée.

Un paquet d’idées fausses

Sur la direction des migrations

Sur les 110 millions de déplacés que compte le monde aujourd’hui, les deux tiers sont des déplacés internes. Il est faux de dire que les gens du sud se dirigent vers les pays riches. Ils sont surtout accueillis par des pays pauvres. La vérité est que plus de 50% de ces déplacés sont originaires de trois pays : l’Afghanistan, la Syrie, l’Ukraine.

Sur le travail

Pour ce qui est de notre Grand Est, il est la 3ème région d’accueil. En France, ce sont les Italiens qui ont essuyé les premiers les répercussions des slogans de Le J. M. Pen : « 1 million de chômeurs, 1 million d’immigrés », mais l’idée que les étrangers prennent le travail date déjà de la fin du XIXème siècle.

Aujourd’hui on c’est une pénurie de main d’œuvre au contraire qui plombe la France. Pourtant, en abandonnant la politique d’intégration le gouvernement va à l’inverse du bon sens, car le choix d’une politique de contrôle ne peut pas avoir d’effet positif sur le PIB, mais seulement sur le chiffre d’affaires des entreprises privées qui vendent dispositifs et équipements sophistiqués.

Sur l’efficacité du rejet

Au contraire de leurs vœux affichés, les politiques migratoires n’ont réussi qu’à pousser les gens à l’installation sur le territoire. Mais comme ce n’était pas le but poursuivi, on a laissé pourrir les banlieues dans un déni qui se transmet de gouvernement en gouvernement.

Sur le « remplacement »

Les décisions découlant de motifs fantasmagoriques comme « le grand remplacement » sont également contre productives puisqu’elles confisquent le droit à la mobilité de gens qui vont être obligés de se fixer. Quant à l' »appel d’air », selon lequel les gens viendraient pour les aides sociales, il n’a pas de fondement prouvé. Les témoignages et les enquêtes confirment que lorsque l’on va dans un pays, c’est plutôt parce qu’on y connait quelqu’un.

Salines Rouges : le massacre d’Aigues-Mortes. Film réalisé dans le cadre du Master 2 Histoire publique Université Paris Est Créteil dirigé par Catherine Brice

Rencontres à l’Aubette Strasbourg

L’envers du récit officiel

Les délits que l’on reproche aux étrangers qui surpeupleraient les prisons sont essentiellement en lien avec les difficultés d’être immigrés, les difficultés à travailler, à obtenir des papiers, à accéder à une stabilité. La criminalisation des étrangers est plutôt une propension de cette population à être en irrégularité, tant les règles qui conditionnent leur présence et leurs droits sont nombreuses et compliquées. C’est un dédale qui, il faut le savoir, coûte cher aux contribuables.

Les chiffres ne prouvent rien

C’est dommage de s’attacher à ce point aux chiffres alors que les histoires, elles, ne s’oublient pas. Même ceux qui sont « les étrangers de tout le monde », comme l’écrivain apatride d’origine bosniaque Velibor Colic24, vivent des histoires que l’on a envie d’entendre.
Garder à distance des étrangers coûtera toujours plus cher que de les accueillir.

Les budgets du rejet ruineux pour la France n’y feront rien

Le budget de FRONTEX a été multiplié par 5000 depuis 2004. L’agence, qui ne vient pas au secours des personnes, a une activité qui parfois contrevient à la Convention de Genève, à tel point que son directeur très sécuritaire a démissionné25 l’été dernier.

Sur la chaine Arte : Frontex, symbole d’une politique migratoire européenne en crise

Les médias contre le populisme : raconter de belles histoires

Sécurité, dissuasion, militarisation des frontières. Les médias doivent agir contre le populisme. Si en Allemagne un tiers de la population a un faciès étranger, pourquoi les médias ne mettraient pas en scène de belles histoires ? Certains comme Velibor Colic, qui sont « un immigré depuis 30 ans », s’entendent dire « Vous êtes super, vous êtes comme nous ».

La collection Blanche de Galllimard

L’écrivain évoque la collection Blanche de Gallimard (26) qui fait que « tous les écrivains avec leurs accents ressemblent tout à fait à ceux qui sont dans la rue ».

Les apports et bienfaits de l’émigration depuis toujours

C’est la droite décomplexée qui a imposé le thème du rejet des migrants. À cette problématique il faudrait opposer ce qu’apporte l’émigration, africaine, italienne, etc. à commencer par leur contribution à l’impôt, mais aussi par leurs cultures.

Sortir du périmètre imposé par la droite

Le thème de l’immigration met plus mal à l’aise que l’anti-racisme

Il est urgent de sortir de ce périmètre, urgent que les gens bien-pensants et la gauche cessent d’être plus à l’aise de parler d’anti-racisme que d’immigration. En fait, la gauche française a baissé les bras sur le sujet des étrangers. Pourtant, si ces derniers ne peuvent pas participer politiquement en France, ils le peuvent déjà dans 15 pays sur 27 en Europe, qui ont instauré le vote local des étrangers.

S’affranchir des fausses croyances sur l’immigration

Les Français, s’ils n’avaient pas de fausses croyances (27) instillées par les médias et les politiques, cesseraient d’avoir peur.

Immigration qui ne se veut qu’utilitariste

Les étudiants, les cerveaux du monde entier étudient en France et contribuent à la société

On ne parle d’immigration qu’en ce qui nous intéresse, nous les locaux. Mais on ne peut pas s’arrêter aux seules réflexions sur le travail, posées par l’immigration. La migration c’est autre chose : si des gens se projettent dans leurs vies quotidiennes au-delà de leurs frontières, c’est également le propre des étudiants de tous pays.

Les pays sources sont des pays qui ne produisent pas d’armes

Il faut noter que les pays pauvres qui subissent la guerre ou les guérillas ne produisent pas d’armes, eux. Si l’on parle des migrants climatiques, il faudrait que les pays occidentaux fassent preuve d’un peu plus de loyauté. Pris comme ils sont avec les pays moins développés dans un lien d’interdépendance, c’est de leur part plus précisément sous la forme d’extraction de ressources et profit de vente d’armes. Cela explique peut-être pourquoi ils montrent cette tolérance coupable envers les situations négativistes des Droits de l’Homme.

Le soldat

Ce sont les pays occidentaux qui inventent le soldat dans les pays pauvres avec leurs technologies de défense. Paradoxalement, la figure du soldat est trop invisible. On parle des civils innocents, mais le soldat, lui, est forcé de combattre dans la majorité des cas. Il est le grand oublié. On ne le trouve qu’au creux d’un discours où l’on traite l’Autre de diable, où on le déshumanise. C’est trop facile.

La fermeture à l’Autre de l’extrême-droite

L’extrême droite, littéralement obsédée par ses motifs, tue e dialogue dans l’œuf, aussi fermée aux idées de l’Autre qu’il est possible.

Écouter l’Autre, s’écouter mutuellement

La loyauté

La solution n’est pas de fermer toute une série de droits à tous ceux qui ne sont pas français, car, devenus vieux, qui aurons-nous pour payer notre retraite ? D’un autre côté, cela ne doit pas être aux immigrés de financer notre sécurité sociale, car nous devons trouver d’autres bases de financement. Les étrangers que la France a utilisés dans les tranchées, qu’elle a logés dans des conditions excécrables pour le travail, il faut les accueillir, parce qu’une société ça sert à faire la paix avec une autre société. Réduire les conditions de solidarité c’est régresser.

Informer

Il faut plus informer, comme le font dans les classes de CAP, BEP pro ou générales, la Cimade et d’autres associations au cours du « Mois de l’Autre », mis en place par la Région Grand-Est. L’écrivain Velibor Colic parle d’expérience lorsqu’il évoque l’extraordinaire réseau de médiathèques où la parole est parfois offerte à des gens qui disent leurs histoires.

Donner le micro aux femmes

Plus largement, il faut donner le micro aux femmes et rechercher la rencontre directe, car, paradoxalement, ce sont les régions qui comptent peu de migrants qui sont les plus xénophobes.

Conclusion

Le gouvernement français est en train de vouloir sortir de la Convention Européenne des Droits de l’Homme (droite et extrême-droite), à l’instar de pays comme la Hongrie. Lors de la conférence « Comment déconstruire les idées reçues sur la migration » à la salle de l’Aubette – Strasbourg, une membre de la Cimade qui a visité des centres de réfugiés le long de toutes les frontières de l’Ukraine en nos temps de crise, s’est dite effarée par la complexité de la situation des gens. Le discours jamais nuancé ne fait que créer des catégories et des généralités, tant il est vrai que l’être humain est fort pour refouler ce qui ne le concerne pas directement. Les atrocités perpétrées aux frontières sont pires que les attentats vécus en France.

L’ANVITA se veut être une « invite ». C’est exactement le projet affiché de cette ambitieuse association protectrice de la vie citoyenne.

NOTES

    1. Site de l’ANVITA – Qui sommes nous ? ↩︎
    2. Page Facebook de la Semaine des Réfugiés ↩︎↩︎
    3. Article du cercle CREME « Nationaux français contre étrangers, vraiment ? »
    4. Sur le site de Pascal Smet 
    5. Sur le site de Cercle CREME, article sur une interview de Claire Rodier « Xenophoby business » 
    6. Sur le site de l’OCU (Organisation pour une Citoyenneté Universelle) ↩︎
    7. Le député Damien Carême sur le site du Parlement Européen
    8. Page Twitter de Damien Carême ↩︎5
    9. Sur le site du Cercle CREME, article sur le film « Le chant des vivants » ↩︎
    10. Sur le site de Sciences Po, page de Thomas Lacroix – Chargé de recherche CNRS ↩︎
    11. PDF : Avis n° 337 Enregistré à la Présidence de l’Assemblée nationale le 26 octobre 2022 ↩︎
    12. Sur le site du Cercle CREME, article sur le camp de migrants place de l’Étoile Strasbourg ↩︎
    13. Sur le site du Conseil de l’Europe – page d’Andreas Wissner ↩︎
    14. Sur le site d’InfoMigrants par Maëva Poulet janvier 2019 ↩︎
    15. Sur le site du Conseil de l’Europe Nouvelle représentante spéciale de la Secrétaire Générale sur les migrations et les réfugiés ↩︎
    16. Sur le site de l’UNHCR Suisse ↩︎
    17. Site de l’Ofpra Office français des réfugiés et apatrides ↩︎
    18. Site de l’UEE (l’Union des Étudiants Exilés) ↩︎
    19. Dossier de presse du ministère de l’Intérieur et des Outre-mer : Loi confortant le respect des principes de la République : premier bilan et perspectives, un an après sa promulgation ↩︎
    20. Site de L.A. Coalition Libertés associatives : Promotion et Défense des Libertés associatives ↩︎
    21. Sur www.associations.gouv.fr : PDF « Charte d’engagements réciproques entre l’État, le mouvement associatif et les collectivités territoriales » ↩︎
    22. Sur www.federationsolidarite.org : PDF « SIAO : REPÈRES ET PRATIQUES – Plan d’accompagnement de la refondation piloté par la DGCS et la DIHAL » ↩︎
    23. Sur le site du journal La Provence – Article de Jean-Christophe Magnenet et MRI d’avril 2020 « Hautes-Alpes : « Tous migrants » édite un livret pour… les forces de l’ordre » ↩︎
    24. Sur le site Les univers du livre – Actualitté, article de Cécile Pellerin de décembre 2017, sur le livre de l’auteur Velibor Colic « Manuel d’exil : comment réussir son exil en trente-cinq leçons » ↩︎
    25. Julia Pascual et Virginie Malingre (Bruxelles, bureau européen) publié en avril 2022 : « Fabrice Leggeri, le directeur de Frontex, démissionne » ↩︎
    26. Sur le site de la maison d’éditions Gallimard : Collection Blanche ↩︎
    27. Sur le site du magazine en ligne NEON, article écrit par Benjamin Monnet juin 2023  ↩︎

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